Jour de budget

Durant plusieurs années, j’ai participé au huis-clos du budget, dans la salle réservée aux journalistes et à leurs invités, habituellement des analystes financiers, des économistes, les représentants patronaux, syndicaux et du milieu communautaire.

De 8 heures à 16 heures, nous vivions tous ensemble dans une grande salle, dans la pénombre et le bruit, quelques fois empilés les uns sur les autres, à éplucher des documents budgétaires, à tenter d’en comprendre le sens, à vouloir saisir la portée des nouvelles mesures gouvernementales, à dessiner une perspective historique, en peu de temps tout en gardant toute sa tête.

C’est une belle aventure d’un jour, quoique chaotique, et un peu est exténuant pour tout le monde.

Au huis-clos des médias, les ministres, les critiques de l’opposition et les représentants des milieux sociaux et économiques sont interviewés pour la télé, la radio, la presse écrite, les sites Web. Les entreprises médiatiques diffusent les analyses, réactions et articles de fond à compter de 16 heures, lorsque le ministre se lève en Chambre pour lire son discours. Sur les chaînes de télévision en continue, les commentateurs sur place nous présentent leurs analyses. Dans le bulletin de nouvelles le soir et dans le journal du lendemain, on y voit des extraits, les clips, de tout le monde. Puis c’est fini…ou presque.

À une certaine époque, le dépôt du budget du Québec (ou du gouvernement fédéral) était la nouvelle économique du moment dont la durée médiatique se prolongeait souvent pendant plusieurs jours. De nos jours, à l’exception de quelques émissions de radio ou de télévision qui couvrent les réactions le lendemain, tout est bouclé le soir même.

J’ai une pensée aujourd’hui pour toutes ces personnes qui s’activent à décortiquer le budget, aux fonctionnaires qui souhaitent bien le faire comprendre, aux élus qui en vantent les mérites ou qui le critiquent, souvent vertement, à ceux qui l’analysent sous l’angle des intérêts de leurs membres.

Même si la nouvelle du budget ne dure qu’un soir, il est une pièce majeure pour tout gouvernement et pour les citoyens, quelque soit notre appréciation  des objectifs, des orientations et des mesures budgétaires.

Ils sont partis, un à un, jusqu’au dernier

The northern white rhino is heading the way of the dinosaurs. With only five left on Earth – three in Kenya, one in America, and one in the Czech Republic –extinction is now inevitable. It survived for millions of years, but could not survive mankind. (Africa is centre of a ‘wildlife war’ that the world is losing, The Guardian)

Certains diront, en haussant lentement les épaules, un rictus bien planté au coin gauche de la bouche, qu’ainsi va la vie; on nait, on meurt, les mémés, les adultes, les bébés, nos voisins, le proprio du dépanneur, la chanteuse à la mode. C’est comme ça. On me dira aussi, des langues riches, autrefois parlées par des populations florissantes aux cultures anciennes meurent aussi, faute de jeunes pour les parler et de systèmes d’éducation pour en encourager l’enseignement, sans que cela ne provoque la moindre indignation, le moindre froncement de sourcils. Des guerres sont menées, sanglantes, persistantes, aux images d’une douleur incommensurable, insoutenables dans leur tristesse et dans leur atrocité. Ainsi va la vie, me dira-t-on.

Je sais, les humains sont comme ça. Il existe des réalités humaines complexes, souvent incompréhensibles car les prémisses sont souvent obscures, intangibles, que leur origine nous est inconnue, difficiles à saisir pour nous. D’autres s’expliquent par la biologie, les événements historiques, les bouleversements démographiques et quoi encore.

Je sais, c’est comme ça.

Mais je ne comprends pas pourquoi l’humain tue, – encore en 2015! – malgré toutes les campagnes de sensibilisation, les rhinocéros et les éléphants pour leur cornes et leurs défenses d’ivoire, afin d’en faire des fortifiants sexuels soit-disant magiques, ou pour sculpter avec une précision hallucinante des objets pour décorer le salon et épater la famille.

Les chimpanzés, les orang-outans, les bonobos et les gorilles sont constamment menacés eux aussi, pris dans une bataille dont l’issue semble aussi triste qu’inévitable, dans plusieurs pays.

Quand ils seront partis, un à un, que restera-t-il à raconter aux enfants des générations futures?

On les a tués, pour des bibelots et des potions. Les autres, pour faire des routes pour les camions.

Je ne comprends pas, je vous dis.

Éirinn go Bràch!

Processed with VSCOcam with a8 presetMalgré le trop de vert, le trop de bières, les farfadets fous, la déco en plastique produite en Asie qui en agace certains et le froid humide qui glace souvent les veines ce jour-là, la St-Patrick m’inspire toujours un moment de recueillement.

Le 17 mars se veut un moment d’arrêt pour penser à ceux et de celles qui sont partis de l’Eire, souvent très démunis, tristes de quitter leur île, leurs familles, leurs vies,  avec le seul espoir d’offrir à leurs descendants une existence plus heureuse et sereine.

Mary-Ann Lanigan (St-Amour)

Je leur dois une partie de ce que je suis, un héritage souvent douloureux, dont l’âpreté est indéniablement inscrite dans mes gènes, dans ma culture, dans mon tempérament aussi.

Je n’ai jamais vu l’Irlande, sauf d’un hublot d’avion, que de petits carrés verts soudés l’un contre l’autre, posés dans la mer, comme un écrin émeraude sur un tissu bleu. Quelques fois dans mes rêves, l’Irlande sent le pain chaud et la viande braisée.

À ma grand-mère et à ses ancêtres, je leur dis merci.

 

Rigoureusement vôtre

J’aime les chiffres, les données, les tableaux, les économistes qui nous en expliquent le sens. Malheureusement, comme plusieurs d’entre nous, faute de temps, je dois me fier sur les analyses, les résumés qu’en font des commentateurs chevronnés, à la télévision, à la radio et dans la presse écrite.

Une situation récente a remis en question ma propension à jeter aux oubliettes mon esprit critique lorsque j’écoute des entrevues en la matière.

Le 5 mars dernier, je suis tombée sur une entrevue de la journaliste Catherine Murray de la chaîne BBN, Business News Network, avec Kevin O’Leary, président de la société Fond O’Leary, gestionnaire de fonds communs de placement dont le siège social est situé à Montréal. Pour le grand public, il est surtout célèbre comme personnalité de la télévision à Dragon’s Den et maintenant à Shark Tank à titre d’investisseur potentiel dans des projets soumis par des entrepreneurs en recherche de financement.

L’entrevue avec M. O’Leary portait sur une étude de la Banque CIBC au sujet d’un indice sur la qualité de l’emploi au Canada, vu sous l’angle de la rémunération.  Elle débute par une question ouverte de la journaliste sur une des conclusions de l’étude selon laquelle l’indice est tombé dans un creux historique à cause de l’augmentation du travail à temps partiel et du recul des emplois bien rémunérés.

Dans un premier temps, M. O’Leary traite rapidement de la structure d’emplois d’hier et celle des économies globalisées, puis il glisse sur l’importance de l’environnement économique pour les entreprises. Après-coup, s’ensuit une longue diatribe sur le niveau de taxes au Québec, le caractère chaotique et imprévisible des politiques gouvernementales québécoises depuis quatre ans et finalement de l’instabilité des politiques publiques au Québec. Fin du segment.

Curieuse, j’ai cherché et lu l’étude.

Je me suis particulièrement intéressée au tableau démontrant la variation de l’emploi de qualité selon la province en 2014. Selon l’indice de M. Tal, économiste à la CIBC, la qualité de l’emploi a diminué de 4 % en Ontario en 2014 tandis que l’Alberta, le Manitoba et la Saskatchewan ont accusé d’un recul de 3 %. La Colombie-Britannique, les provinces atlantiques et le Québec ont vu la qualité de l’emploi s’améliorer.

Autrement dit, l’analyse de M. O’Leary ne portait pas sur l’étude de la CIBC, mais pas du tout. Pourquoi l’intervieweuse n’a-t-elle pas tenté de corriger, même gentiment, le financier qui parlait clairement d’un tout autre sujet? Pourquoi la journaliste, après une minute, treize secondes qu’a duré ce segment, est-elle passée rapidement à un autre sujet, laissant ainsi planer que les propos de l’invité étaient en lien avec l’étude de M.Tal? Avait-il seulement lu l’étude?  Beaucoup de questions, peu de réponses.

La morale de cette histoire est simple : ce n’est pas parce que c’est dit ou c’est écrit que c’est vrai. La vérification de la source d’une étude est souvent essentielle pour quiconque veut comprendre un tant soit peu la réalité. De plus, pour les analystes, à leurs débuts ou pour les plus expérimentés, l’importance de lire les études, les déclarations, les recherches que l’on vous demande de commenter publiquement, ne fait aucun doute. Sinon, faire semblant, c’est dire n’importe quoi et votre réputation en souffrira inutilement.

Que M. O’Leary s’objecte, avec toute la fougue qu’on lui connait, aux taux d’imposition au Québec et aux politiques publiques du gouvernement du Québec ou de tout autre gouvernement, c’est son droit. Mais qu’il utilise comme prétexte la publication d’une étude qui traite de tout autre chose pour critiquer la gestion de l’État québécois m’apparaît comme un manque flagrant de rigueur et aussi un manque de respect envers l’auteur. C’est d’autant plus curieux que les données québécoises de l’étude de la CIBC sont positives, quelques soient les actions ou inactions du gouvernement dans ce domaine.

Dans un monde où souvent l’opinion tient lieu de faits, où les analyses s’apparentent en moments d’humeurs ou de rumeurs, prenons le pari de la rigueur. Nous en sortirons tous gagnants.

 

Étude de la CIBC (en anglais): http://research.cibcwm.com/economic_public/download/eqi_20150305.pdf

BNN:
L’entrevue avec Kevin O’Leary, 5 mars 2015. Elle commence vers 2:10 et se termine à 3:13:

http://www.bnn.ca/Video/player.aspx?vid=564428

Tout peut arriver le 3 mars!

C’est le printemps, pas aujourd’hui, mais bientôt à ce que le calendrier indique, lui qui n’est menteur que lorsqu’on tombe, par malheur, sur une semaine étrange comme l’univers où tous les jours ressemblent à un mardi.

Même si officiellement, nous ne sommes que le 3 mars et que le toit du voisin porte un glaçage de deux pieds sur son toit, c’est le moment de lancer ma page Web, même si j’ai ouï-dire que d’écrire un blogue, c’est dépassé, à moins d’aspirer à une forme de vedettariat de bon aloi, semer ou ressasser la controverse de la semaine… ou du jour. Ce qui n’est pas mon intention. Pas aujourd’hui du moins.

Mes aspirations sont nobles, je vous le jure. Écrire la couleur du vent, le son des champs et l’odeur de la glace qui dégèle au ruisseau. Bref, les mots, emmitouflés dans des vagues d’émotions ou bruts comme des flocons en vachère. Pour le plaisir du moment, sans aucune prétention.

Des nuages aux contours souvent prononcés, aussi. Ou des cieux bourrés de bleus craquants.

 

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Mais, l’optimisme aidant, le printemps sera aux verts tendres et aux hâles légers.