Twitter et moi: c’est compliqué

Mon premier compte Twitter a vu le jour en 2009. Puis, dans un moment d’impatience, je l’ai fermé. À mon grand dam d’ailleurs, car après seulement quelques semaines, je regrettais sa disparition. Plus tard, je me suis recréé un autre compte mais j’ai vite constaté que la magie n’y était plus. Maintenant, à titre individuel, j’utilise Twitter davantage comme un fil de presse, pour être au fait des nouvelles provenant des médias. Je suis les actualités d’individus, de groupes, d’ institutions que je considère comme crédibles et inspirants, et à ce chapitre il remplit bien sa mission. Malgré tout, je suis un peu triste de constater que le plaisir ressenti au début s’est passablement estompé. Pourquoi?

Twitter était un lieu d’échanges

Lors de la création de mon premier compte Twitter, il  y avait beaucoup d’interactions sur mon fil. Des échanges vifs, mais assez courtois dans l’ensemble, beaucoup de plaisanteries et un partage d’états d’âme assez rigolos aussi. Lors de Tweetups, ces rencontres sociales d’abonnés sur Twitter, j’y ai rencontré des gens d’ailleurs fort sympathiques dont plusieurs sont devenus des amis.

Aujourd’hui, force est de constater que Twitter, c’est avant tout un lieu, non pas de débats, mais de combats. Les interactions sont souvent le propre de ceux et celles qui partagent déjà les mêmes opinions politiques, la même vision du monde, les mêmes valeurs. D’ailleurs, les échanges les plus intéressants proviennent la plupart du temps entre membres d’une même profession, comme les causeries entre journalistes, entre artistes, entre avocats, etc. Certains diront qu’elles s’effectuent en vase clos. Je le crois aussi, bien que cela soit sûrement à géométrie variable.

On peut me répondre facilement: mais Marie, explique-moi, comment veux-tu véritablement échanger avec un pur inconnu dans une phrase qui ne contient que 140 caractères? Effectivement, j’avais peut-être des attentes un peu élevées et j’ai probablement fait preuve d’une belle, mais grande naïveté en croyant que cela pourrait se faire sur ce médium.

D’ailleurs, plusieurs abonnés de la première heure ont quitté ou comme moi, interagissent peu ou pas du tout, même si leurs raisons demeurent obscures.

Twitter comme lieu de combats

Ma naïveté s’est encore révélée intacte au moment du Printemps érable en 2012. Très rapidement, des camps se sont formés et se sont confrontés durant plusieurs mois, mon fil était rempli de retweets (retransmission de tweets originaux vers sa propre liste d’abonnés) à profusion. Des rumeurs retransmises comme des vérités ont circulé abondamment. Cette guerre twiterrienne s’est poursuivie après la fin des événements, peut-être avec moins d’acuité, mais tout de même avec force et fracas. Mon souhait d’assister à de nombreux échanges avec des personnes aux visions opposées, de manière respectueuse et posée, s’est volatilisé au fil des ans, mais particulièrement durant cette période.

De nos jours, je dois me poser la question: est-ce que j’ai vraiment besoin de lire tous les jours (ou presque) les attaques verbales et des querelles entre les partisans de la gauche contre les défenseurs de la droite, les tenants du syndicalisme contre leurs adversaires, M. L’animateur radio contre tout le monde, tout le monde contre M. L’animateur radio, les mêmes individus qui s’engueulent systématiquement? Je vous pose la question: qu’est-ce que cela apporte à l’évolution de la pensée, au progrès des idées, aux changements des mentalités, dans la recherche de solutions de rechange, au foisonnement d’hypothèses pour sortir des sentiers battus, de mises en commun d’idées pour dresser de nouvelles perspectives? À l’exception de bons coups de gueule bien sentis, je ne le sais pas, mais je ne le vois pas. Vous me qualifiez de rêveuse…je le sais. J’assume.

« Mais Marie, rien ne t’oblige à suivre ces abonnés! » Encore une fois, c’est vrai. Mais puisque ces personnes offrent aussi des contenus autres, fort intéressants, souvent très divertissants il devient difficile de s’en désabonner.

J’aime la confrontation d’idées, mais je ne suis pas guerrière, ni militante, ni activiste. Même si j’ai des opinions sur les enjeux qui animent la société ou seulement Twitter, je ne me sens surtout pas obligée de choisir un camp plutôt que l’autre. Ces débats constants et trop fréquents entre factions sur Twitter sont lassants, pour moi, mais pour d’autres aussi, j’en suis convaincue.

Twitter comme repaire des anonymes

Aucune idée si les spécialistes ont tranché la question, mais il y a quelques années plusieurs d’entre eux s’interrogeaient sur la pertinence des comptes Twitter anonymes. À l’époque, je ne m’y opposais pas, par principe, mais maintenant je suis radicalement contre. Les comptes anonymes sont souvent le propre de grossiers personnages, qui crient des injures, insultent à qui mieux mieux non seulement des personnalités publiques, mais des abonnés de tout acabit pour ce qu’ils proposent, s’opposent, ou font valoir. Ils se cachent sous de faux noms, des casquettes déglinguées, comme des gamins incapables d’assumer la virulence de leurs propos et la dégénérescence de leurs amalgames avec tout ce qu’ils méprisent. Y en a-t’il plus qu’avant de ces affreux personnages? Je ne sais pas, mais j’ai l’impression que oui, question de perception ici j’avoue. Plusieurs récents articles surtout venant de Grande-Bretagne et des États-Unis relatent des menaces répétées de viols faites à des femmes qui se sont exprimées sur Twitter, un phénomène qui en inquiète plus d’une…On ne peut pas appeler cela bon enfant, tout de même! Mais la seule présence de ces individus me fait dire que Twitter et moi, c’est vraiment devenu compliqué.

2 réflexions sur “Twitter et moi: c’est compliqué

  1. Je suis tellement en accord avec toi. Je me contente de lire ici et là quelques commentaires, de suivre les liens de certaines informations intéressantes, mais j’ai perdu la magie de nos discussions parfois inutiles, mais totalement agréables. Ou de nos positions parfois divergentes, mais toujours respectueuses. Bref, aujourd’hui, ils sont bien rares les matins où je salue avec autant d’insistance ma « Foule en délire ».

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